Journal de bord d'un survivant.

C'est dans un élan de survie que j'attrape cette putain de vielle radio. La poussière recouvre tout le matériel.

Encore.

Je souffle machinalement sur le micro, certainement plus par acquis de conscience que par réelle conviction d'ailleurs.

Ce matin, elle marche encore. Le supplice peut continuer.

Je démarre donc mon appel à l'aide en espérant qu'un putain de survivant ait la même idée que moi, au même moment et avec le bon matériel.

Je ne sais vraiment plus pour quelle raison je m'applique encore dans ce rituel survivaliste chaques matins. Probablement une question d'hygiène mentale pour rester debout.

Ma voix est grave et je force l'articulation de mes syllabes.

Mon message est structuré tel un soldat en mission. Je répète mon appel à l'aide et ma localisation plusieurs fois avant de raccrocher.

Évidemment, il n'y aura aucun retour mis à part cet éternel bruit de parasites radio.

Des fois, je suis tellement seul que je me met a interpréter ces variations de signaux pour des voix.

Oui, la solitude rend fou et je me vois.

Être lucide de sa propre folie a quelque chose de terrifiant mais reste en même temps une expérience géniale. Après une analyse intellectuelle longue et assidue (oui j'ai le temps) la seule image qui me vient en tête est celle du gros pet bien dégueulasse sous la couette où l'on va se réfugier sourire aux lèvres.

Oui bon, OK, je divague.

Mon appel dans ce néant terminé, ma journée peut démarrer. Je dois trouver de la nourriture non contaminée pour les prochains jours.

Cette routine, je la pratique 1 à 2 fois par semaine depuis que ce putain de virus à dévaster mon secteur, ma ville. Heuresement, j ai quelques repères, non loin de ma planque, où je trouve de quoi m'alimenter.

Je me rappelle encore le moment où tout est parti en couille dans ce monde. Je me rappelle aussi la vitesse à laquelle la situation s'est dégradée. Nous étions tellement intouchables et occupés, que personne n'aurait imaginé qu'un tel désastre puisse se produire. La science et le progrès en bandoulière ... Nous parlions même de coloniser Mars.

Mais quelle arrogance putain! Si je pouvais revenir en arrière juste une minute pour leur botter le cul.

Bref. Je tousse et j'ai mal aux bronches.

Quelque part en 2021 (j'ai perdu la notion du temps), la situation s'est détériorée à tel point que le peu de soldats encore valides préféraient fuir avec leurs armes pour sauver leur peau que de rester dans ce chaos urbain maudit.

A grand de coup de vagues et de mutation, cette merde invisible a fini par ronger et briser chaque pays, chaque région et décimer des populations entières. La fermeture des frontières et les guerres ont, la même année, achevé les derniers survivants.

J'ai toujours une larme de colère quand je repense au monde d'avant. Tous ces héros (boudés et ignorés par la masse) qui se sont épuisés à nous informer, nous raisonner et nous demander de changer nos habitudes...

Les lanceurs d'alerte qu'on les appellait... Maintenant, ils sont surement tous morts... et peut-être même sans avoir eu la chance d'assister à l'orgasme final. Les boules j'te dis.

Me concernant, je survis dans cette poubelle géante et mes jours sont évidemment comptés.

Je tousse et j'ai mal aux bronches.