Je te hais vieille salope.

Une petite mise au point s'impose tout de suite. Non, ce titre racoleur n'est pas pour toi maman ... Je t'aime !

Voyons, comment pourrais-je ?

Malgré cette rigidité envahissante (des fois un peu ridicule il faut l'avouer) et proportionnelle à ton age, je ne pourrai jamais.

D'ailleurs, constater que finalement, même les gens brillants, finissent vieux cons est vraiment décevant. Mais bon, bref. Revenons au sujet principal de cet acte.

Mais qui-est donc cette vieille salope ?

C'est sans détour que je m'adresse à toi, la Faucheuse. Toi qui, sans aucune raison cohérente, sans hésitation, sans pitié, sans motif, décide de dézinguer tour à tour, chaque membre de ma famille, chacun de mes amis les plus précieux et abîmant toujours un peu plus ma pauvre tête.

Aussi discrète qu'un enfant ayant marché dans une merde avant de rentrer dans la classe, tu pues et tu laisses des marques.

Tu rôdes autour de moi depuis longtemps et je te sens.

C'est donc par la grande porte que tu es entré dans ma vie il y a plus de 15 ans. Nous avons fait connaissance rapidement sans perdre de temps avec des formalités inutiles. Sans que je t'y invite non plus d'ailleurs, tu t'es faufilé à l’intérieur. Je ne t'ai jamais oublié depuis.

Puisqu'il fallait bien rattraper ce temps perdu ou j'étais encore souriant, tu as vu les choses en grand.

Le sens du spectacle.

Quand tu as détruit la vie de ma sœur, en la laissant seule avec ses enfants en bas âge, j'ai compris qu'il n'y avait rien à espérer quand nous sommes pris dans ton jeu: Ni pitié, ni espoir. Ces mots ont pourtant un sens d'habitude.

Qui (sinon toi) obligerait une mère à rester debout coûte que coûte pour élever ses enfants, les yeux grands ouverts rivés sur la maladie qui ronge l'amant, le père. Tu me fais vomir.

Ce jour là, tout à basculé. Je te détestais. Oui, je suis comme ça: Protecteur et rancunier.

Au cas ou cela t'intéresse (mais j'en doute évidemment) nous n'avons jamais réussi à expliquer à ce gamin pourquoi son père est mort si jeune. Mes larmes n'ont jamais cessé de couler depuis. Je me rappelle exactement de ce coup de téléphone maudit pour nous apprendre que le combat était fini et qu'il était perdu. Tu as le sens du spectacle: La nuit est un moment propice pour une scène d'épouvante.

Comme si faire crever un jeune papa de 30 ans n'était pas assez sordide, ta maladie bien dégueulasse laissait aussi les traces de son passage dans nos yeux. Mutiler le corps du malade un peu plus à chaque jour pour finalement exposer notre défunt en pouvant à peine le reconnaître était un plan redoutable; Ta cruauté m'impressionne.

Quelques mois plus tard, tu es aussi rentré dans la tête de mon meilleur ami pendant que j'étais encore à genoux, en deuil et sourd de ses appels à l'aide.

Cette nuit là, Il décida de te déloger au fusil de chasse. Evidemment, un seul coup aura suffit. On ne se rate pas le crâne à bout portant.

J'essaye de ne pas prendre les choses personnellement, mais tu n'étais pas obligé de t'arranger pour que je le vois de mes propres yeux.

J'avais déjà bien compris ton message quelques mois avant.

La magie de Noël.

En ce magnifique 25 Décembre (il y a 4712 jours exactement dans ce brouillon), tu décidas de nous faire un magnifique cadeau. Suite à ton passage, mon père ne s'est donc jamais réveillé de sa sieste.

Je suis incapable de dire ce que j'ai mangé hier, mais évidemment, je me souviens mot pour mot de cet appel téléphonique complètement décousu. Ma mère m'appelait en panique pour me dire qu'elle ne pouvait pas le réveiller et qu'il était, je cite, “anormalement froid”. J'ai fait le diagnostic instantanément en entendant ces mots. Pas vraiment besoin de faire 8 ans d'études.

Il n'était pas vieux pourtant ... Je trouve que c'est vraiment ingrat de ne pas atteindre 60 ans. Un genre de “Fuck you, Thank you !” ... ou peu-être l'inverse.

Dois-je passer sous silence la nuit suivante où mon frère aîné a pété les plombs ? Il est certainement préférable de faire preuve de pudeur. Nous ne sommes jamais assez prudent. Il pourrait tomber sur cette article et être contrarié ... Le con !

Il a donc du fallu choisir la couleur du cercueil.

Je me rappelle vaguement d'un vendeur venu nous voir à domicile. Ma mère accablée était incapable de prendre la moindre décision.

Elle était assez improbable cette scène où j'ai pensé (à voix haute) que ce cher monsieur avait vraiment une job de merde. On s'est épargné beaucoup d’effort lui et moi, en faisant tout ça très vite. Il est reparti avec son bon de commande et pouvait aller manger son entrecôte frites avec ses collègues.

C'est un peu chiant d’enterrer son père la semaine de Noël, tout le monde est en vacances. C'est donc, pas vraiment entouré (par ceux qui me servaient d'amis à ce moment là) que me je suis tapé cette cérémonie. Une occasion en or de renouer avec des oncles et des tantes que tu n'as pas vu depuis 10 ans au moins.

La bonne blague. Je crois qu'il n'ont pas été déçu du voyage.

Toute ma vie mon père m'avait appris à me méfier de sa propre famille. J'ai appliqué ses consignes à la lettre.

Je n'ai pas adressé un mot a ces inconnus pendant les 24 heures de leur immonde présence, puis je me suis réfugié dans ma belle famille d'adoption pour de longues années.

On remet ça.

Comme si finalement, perdre son propre père ne suffisait pas, il faut aussi se taper ceux des autres.

Il était pourtant sympa lui. Il m'aimait et moi aussi. Le père de mon ex-femme avait pris une place importante dans ma vie au fil de toutes ces années de vie commune. Une fois séparé, j'ai même réalisé que finalement j'aimais peut être plus mes beaux parents (et leur vision simple du bonheur) que leur propre fille.

Le diagnostic du cancer est arrivé la même semaine que nos papiers d'immigration pour le Québec. La vie est toujours très cocasse.

Son dernier coup de téléphone est gravé au marteau quelque part dans ma tête. Depuis l'hôpital, la gorges nouée de tristesse, confus et faible, il trouvait un peu d'énergie pour me parler de tout et de rien. En fait, il était très lucide ce jour là. Il m’avait appeler pour me dire au-revoir. Je ne l'ai compris que plus tard.

Une fois de plus, sale garce, tu t'en prend à ceux que j'aime.

Ne plus rien ressentir pour ne pas souffrir.

Enchaînant les piqûres de rappel, ma tête s'est donc mise à saturer et développer une armure psychologique. Je me marre doucement quand on me reproche (avec culot) mon manque d’empathie.

A un certain moment de notre vie, notre cerveau choisit de ne plus rien ressentir pour ne pas souffrir, et bizarrement, ce curseur d'insensibilité ne nous appartient pas.

Récemment, c'est donc dans une “quasi” indifférence qu'est mort un ami très proche. Incapable de faire le tri de mes émotions depuis, j'alterne les souvenirs drôles et la fatalité quand je pense à lui.

Puisque plus personne ne voulait prendre l'apéro avec (pour ne pas l'encourager à fricoter avec ses démons), j'imagine qu'il n'avait personne d'autre que toi pour trinquer son dernier verre... fatal...

La lettre de sa fille (du haut de ses 14 ans à ce moment là) m'a bouleversé. Il parlait de moi souvent et me qualifiait de “son meilleur ami”. Elle est visiblement soulagée qu'il soit parti avec toi sans souffrance. De mon côté, je suis triste d'être un “meilleur ami” insensible (lire ... “de merde”).

Je ne suis pas allé à l'enterrement, je ne vais plus aux enterrements.