Regarder les orignaux passer.

Je me rappelle quand j'étais minot comment tous ces petits vieux nous regardaient depuis leurs bancs publics. Nous étions de véritables attractions avec nos jouets de supers héros américains, nos fringues de marques et toutes nos modes qui ne survivaient pas plus d'un été. Ils étaient méfiants maix heureux de voir les gamins du village avec un peu de confort. Peut-être auraient-ils aimé notre époque ?

Le goût du changement permanent.

C'est avec un problème de riche blanc que je commence mon année d'écriture thérapeutique. Perdu sur cette minuscule parcelle d'Internet qui m'appartient, je suis le roi.

Évidement entre les propositions de changement de Greta Thunberg et les miennes, il y a un certain décalage. Au passage, j'adore cette gamine, elle est vraiment fantastique.

Dans ma petite vie très occupée de quarantenaire, les choses à changer ne manquent pas. Les prétextes non plus d'ailleurs. A peu près tout peut se retrouver sur ma liste de consommateur compulsif selon la météo ou mon obsession du moment. Ma paire de chaussures (pour courir soit disant comme un champion) ou ce (putain) de frigo (qui ferme mal) sont des cibles faciles. De toute façon, je n'ai pas vraiment besoin de me casser le crâne pour avoir des idées, Instagram le fait pour moi.

Pour des raisons écologiques évidentes, j'apprend a contrôler mes ardeurs sur Amazon. Les colis sur-emballés qui traversent le globe par conteneurs ou par avions doivent être bannis.

Par contre, il semble que tout ne soit pas encore sous contrôle avec les humains. Au même titre qu'une paire de lunettes ayant rendu de bons et loyaux services, je fini lassé de la voir dans le miroir chaque matin.

Pourquoi ne pas changer de partenaire ... ou d'ami ? De toute façon, ce petit vent nouveau me ferait certainement le plus grand bien.

Changer de femme ou changer d'emploi ?

En effet, je suis quand même forcé de constater que ma femme n'est finalement pas idéale et que mon emploi actuel ne me mérite plus.

C'est du second degrés, calme toi.

Professionnellement, je suis ce que l'on appelle un “jobhopper”. Je change d'emploi très régulièrement. En moyenne cela arrive après 1 an. De temps en temps, j'arrive a tenir quelques mois de plus si cela paye bien mais il faut avouer que je n’ai jamais mangé au restaurant avec mes collègues pour célébrer avec eux mes 2 ans d'ancienneté.

Je fut heureux de découvrir le nom de ma pathologie. Ce terme anglais (qui d'après Internet me qualifie) ne semble pas être tiré du dictionnaire médical. Il a même quelque chose de positif, moderne, d'inspirant et porteur d'espoir. A se demander s'il est vraiment mérité.

Une opportunité en or. Encore une.

La demande est tellement forte en ingénierie informatique qu'il n'est pas rare d’enchaîner plusieurs emplois pour faire monter artificiellement son salaire (sans accomplissement particulier). Quand je signais ma dernière offre (il y a exactement 16 mois) pour un célèbre éditeur de logiciel, je me disais qu'il faudrait être fou pour encore changer après ça ... Et pourtant en ce beau mois de Septembre 2019 ...

Un courriel est arrivé ce matin là. Ils ont retrouvé mon contact dans leur système et veulent me rencontrer. Le nom fait rêver, la technologie aussi. C'est donc sans aucune hésitation que je répond favorablement aux demandes d'entretien. C'est une occasion en or qu'il ne faut surtout pas rater.

Après plusieurs rencontres (beaucoup) et plusieurs semaines d'échange, le verdict tombe: Je ne suis pas retenu pour le poste. Une profonde déception m'envahit mais le moment où je lis le message est coquasse.

Cela fait quelques jours que mon ami et moi sommes parti en van. Notre mission est simple: Profiter de la nature et faire des photos. Après avoir roulé longtemps pour atteindre la Nouvelle-Écosse, nous arrivons finalement à Cap Breton. Cette île est magnifique.

Lors d'une marche en forêt, nous rencontrons une famille d'orignaux. Maman et ses 2 enfants ne semblent pas effrayés par notre présence. Je crois surtout qu'ils ne nous ont pas vraiment vu. Ces animaux sont vraiment imposants et majestueux. Quelle chance de pouvoir les côtoyer à quelques mètres de leur habitat naturel. Ce pays est fantastique.

Il n'y a guerre de réseau cellulaire dans les vallées. C'est donc au sommet des montagnes que mon téléphone en profite pour se reconnecter au monde réel. Je recevrai la notification de refus à cet instant précis ou j'utilise mon smartphone pour filmer cette scène animalière incroyable.

Cet échec qui me voulait du bien.

Une fois la sensation de déception passée, il est temps de rejouer le match. Sans onde, sans contact social, je me lance dans un jeu d'enquête mentale afin de comprendre pourquoi j'aurai souhaité ce changement alors que je n'avais de toute évidence besoin de rien.

L'enquête fut rapidement terminée. Aucune frustration actuelle ne me donnait le gout de quitter. Mon seul motif était donc de ne pas rater une nouvelle opportunité (et éventuellement aussi d'épater mes faux amis de Linkedin).

La peur de rater une opportunité l'emporte sur la raison.

Je parie que cette pathologie est certainement bien connue des psychologues ... et donc finalement quelque part dans le fameux dictionnaire médical ... peut être même avec un nom dégueulasse.

Merde, Je suis baisé.

La recherche d'un idéal en permanence est évidemment une cause perdue d’avance ... by design (comme on le dit si mal dans mon jargon d'informaticien).

En ces temps de réflexions trop intenses pour ma petite tête, je me rends donc compte que ce gentil trouble comportemental est en moi depuis bien des années. Je le nourris en fait depuis gamin. Je suis maintenant capable de l'identifier dans des situations passées voire même des domaines plus personnels.

Combien de fois je voulais être ailleurs, avec d'autres personnes ou vivre une autre histoire ? Combien de décisions importantes de ma vie ont donc été influencées par un idéal imaginaire ? Le sentiment de m'être trompé de compte de fée fait parti de moi, depuis toujours. Encore me fallait-il l'écrire pour le comprendre. Merci cher journal.

Tout doucement, je réalise donc que de provoquer des changements à répétition dans ma vie tient plus de la fuite en avant que de l'épanouissement personnel ... Oups.

La réponse était sous mes yeux. Forcément.

Mes multiples réflexions personnelles divaguent et s'enfument. Le jeu de mot aurait été encore plus drôle si je n'avais pas fait l’acquisition d'une vapoteuse pour bannir la combustion et la fumée de mes habitudes de vie.

Bref.

Il me faut donc arrêter de chercher ailleurs ce que je ne trouve pas ici. Je ne l'aime pas cette phrase ... mais je n'y échapperai pas cette fois. Je n'y échapperai pas, face à moi même et avec ce journal de bord pour preuve.

Le plan est maintenant plus clair: Arrêter d'espérer un foutu changement en faisant semblant de provoquer le destin. Pour changer et être une meilleure version de soit-même, il faut simplement agir tous les jours en étant la meilleure version de soit même. Ouch ! Autant de lignes pour en arriver a une conclusion aussi simple et stupide. Platon doit se retourner dans sa tombe et J-C, s'il était finalement en route pour revenir nous voir, a certainement fait demi-tour.

Philosophie de comptoir ou auto-thérapie, il est donc temps pour moi de passer à l'action et respecter le quatrième accord toltèque:

Faites toujours de votre mieux.

Notes personnelles

Chaque décision doit être évaluée pour ce qu'elle peut apporter sur l'ensemble de notre vie, sans s'imaginer y être quelqu'un d'autre.

D'autre part, l'acte 1 met en lumière un comportement qui consiste a espérer l'arrivée d'un changement personnel grâce a des situations nouvelles plutôt que de mettre en oeuvre une stratégie pour l’acquérir.

Finalement, Il semble aussi important de rester connecté avec son essentiel, agir dans le calme, prendre du temps pour soi, pour les autres et regarder les orignaux passer.